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FILMS A VOIR DANS LES SALLES EN CE MOMENT

LES FILMS A VOIR CETTE SEMAINE......

 

"M", "Dernier Amour", "US"... les films à voir (ou pas) cette semaine

 

Et aussi : "Comprame Un Revolver", "L'homme qui a surpris tout le monde", "Sauvages", "Qui m'aime me suive !", "le Rêve de Sam et autres courts", "leur Souffle", "Résistantes","Sunset"... Ils sortent tous en salles ce mercredi 20 mars.

 "M", par Yolande Zauberman. Documentaire français (1h46).

Seul sur une plage, il entonne un chant yiddish face caméra. Sa silhouette se découpe dans l'obscurité, son visage glabre vampirise l'écran, son regard intense est semblable à celui d'un fou. C'est le début et, déjà, le titre s'éclaire. M comme M le maudit. Sauf que le fou, le tueur d'enfance, qu'interprétait Peter Lorre chez Fritz Lang, n'est pas celui qu'on croit. Exit notre imaginaire de fiction, place au réel. M, de son vrai nom Menahem Lang, est acteur de profession, mais, ici, il ne joue pas, sinon avec sa vie. Il y a dix ans, il a confronté un des trois rabbins qui l'ont violé, enfant, devant une caméra cachée. Les images, diffusées à la télé israélienne, ont fait scandale, Menahem a reçu des menaces. Pour la première fois depuis, il revient à Bnei Brak, la capitale mondiale de l'orthodoxie juive, au sein de la congrégation où il a grandi et été abusé dès l'âge de 7 ans (il comprendra, au cours de son périple, qu'il n'avait que 4 ans lors de sa première agression).

Ce que réussit Yolande Zauberman ("Moi Ivan, toi Abraham") avec ce documentaire terrassant est unique. Partant de l'enquête de Menahem pour retrouver la trace de ses bourreaux et renouer avec ses parents, qui ne lui parlent plus, dans un espoir de résilience, elle nous plonge dans la réalité actuelle, effarante, d'une communauté religieuse gangrenée par l'ignorance et les frustrations sexuelles qu'entraîne sa doctrine, où le cercle vicieux de l'entre-soi pousse certaines victimes à devenir agresseurs à leur tour.

Les confessions ahurissantes qu'enregistre la réalisatrice se passent de commentaires, lesquels sont parcimonieux et inspirés. "Avec Menahem, j'avance avec ma caméra comme le Joueur de flûte. Les enfants blessés apparaissent comme par magie et nous suivent." Ils se confient ici à visage découvert, là dans la pénombre d'un cimetière. Le film se passe exclusivement de nuit, explore la topographie cachée de cette enclave hassidim, révèle un monde parallèle où souffrent ceux que l'on refuse de voir. On ne sait pas toujours sur quel pied danser, comme lorsque Menahem se confie sur son penchant pour les transsexuels, filmé dans une décapotable aux côtés d'une prostituée alanguie.

Ce n'est pas la moindre des qualités de ce brûlot qui, un mois après "Grâce à Dieu" et comme le film de François Ozon, s'attaque à la pédophilie dans le milieu religieux, et avec quelle virulence !, sans tourner le dos aux vertus du cinéma, tout documentaire qu'il soit.

Nicolas Schaller

 "Dernier Amour", par Benoit Jacquot. Drame français, avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino (1h38).

A la fin de son existence, Casanova raconte à une jeune fille son amour pour "la Charpillon". Une relation qui inversa les rôles : pour la première fois, le séducteur se retrouva piégé par une femme séduisante et manipulatrice.

Une passion à sens unique, que le réalisateur des "Adieux à la reine" filme avec une sensualité sens cesse entravée. Comme si le pouvoir de Casanova était grippé. Pour évoquer sa surprenante soumission à un jeu qui lui échappe, Jacquot recourt un peu trop fréquemment à l'allégorie du labyrinthe, mais l'interprétation, solide et fragile à la fois, de Vincent Lindon saisit par son intensité.

Xavier Leherpeur

 "US", par Jordan Peele. Thriller américain, avec Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss (1h59).

Deux ans après son épatant "Get Out", série B maligne et d'une ampleur insoupçonnée sur le post-racisme, Jordan Peele creuse la même veine paranoïaque avec ce thriller sur une famille noire assaillie par des clones meurtriers dans leur résidence secondaire. On n'en dira pas plus, sinon qu'il est question de retour du refoulé et de la mauvaise conscience des Américains, nostalgiques de faux âges d'or. Las ! Jordan Peele tombe dans les écueils du deuxième film trop conceptuel et intellectualisé. Il se regarde nous faire peur plus qu'il n'y parvient. Ceci dit, il sait filmer, aidé par le directeur photo d'"It Follows" et de "Glass", Michael Gioulakis. C'est son sens de l'image et de la satire qui sauve cette fable horrifique, eighties en diable, de son esprit de sérieux un poil fumeux.

Nicolas Schaller

 "Comprame Un Revolver", par Julio Hernandez Cordon. Film mexicain, avec Angel Leonel Corral, Fabiana Hernandez, Matilde Hernandez (1h24).

Dans un Mexique gangrené par les cartels, une fillette vit avec son père, qui s'efforce de la soustraire à la violence environnante. Mais la réalité délétère reprend vite ses droits. Une dystopie politique et nihiliste, entre "Peter Pan" et "Sa Majesté des mouches". Le cinéaste signe une œuvre protéiforme qui fait dialoguer l'onirique, l'abstrait, le figuratif, le conte, l'horrifique et le réalisme. Cette diversité constitue la limite du film, mais aussi sa force. En refusant l'unicité de ton, il se dote d'une large palette d'émotions.

Xavier Leherpeur

"L'homme qui a surpris tout le monde", par Natasha Merkulova et Alekesey Chupov. Drame russe, avec Evgeny Tsyganov, Natalya Kudryashova, Yuriy Kuznetsov (1h44).

Egor est garde forestier en Sibérie, il traque les braconniers, sa femme attend un deuxième enfant, et il a un cancer qui ne lui laisse que deux mois à vivre. Il va voir un chaman. Il écoute les anciens. Et, comme dans une vieille légende, décide de tromper la mort en se camouflant. Il se déguise en femme. Honni, insulté, ostracisé, frappé, Egor devient un martyr… Tout est très russe, dans cette histoire : la référence aux contes, l'immensité des espaces, la houle des sentiments, la dimension religieuse, la beauté des paysages, le poids de la tragédie. Sommes-nous dans une fable moderne, dans un plaidoyer pour la tolérance, ou dans un miracle ? L'image finale – des oies dans la neige – donne une note d'ironie douce à ce récit traversé par la violence de l'homophobie. Curieux film, tout en gris et en bistre, qui demande au spectateur de s'abandonner et de se laisser porter.

François Forestier

Sauvages", par Dennis Berry. Drame français, avec Nadia Tereszkiewicz, Catarina Wallenstein, João Nunes Monteiro (1h35).

Les poncifs de ce huis clos entre une reprise de justice blonde et une artiste brune dans une maison portuaire du Portugal n'ont d'égal que son amateurisme. On les doit à Dennis Berry, 74 ans, fils du réalisateur John Berry et compagnon d'Anna Karina. Un vieux routard du métier. En quête d'un nouveau souffle, dit-il, il a improvisé ce film au jour le jour avec son équipe. Un prétexte pour filmer ses charmantes actrices, qui, hélas, jouent comme des patates. "Le cinéma, c'est l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes", disait Truffaut. Pas de leur faire mal dire autant d'inepties.

Nicolas Schaller

"Qui m'aime me suive !", par José Alcala. Comédie française, avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq (1h30).

Simone a décidé de tirer un trait définitif sur son ancienne vie, de quitter enfin son mari, incompétent, pour suivre son amant dans le sud de la France. On adorerait apprécier ce "Jules et Jim" version sexagénaires. Hélas, le scénario, pétri de conflits familiaux mille fois vus et de fausse modernité (le mariage pour tous qui débarque inopinément), a, comme ses héros, l'âge de la retraite. La mise en scène est exécutée au déambulateur et la lumière semble faite au smartphone. Le tout porté par des comédiens en roue libre qui caricaturent des personnages déjà bien chargés en clichés.

Xavier Leherpeur

 "Le Rêve de Sam et autres courts", par Robin Joseph, Marlies Van Der Wel, Pierre Clenet et Nolwenn Roberts. Quatre courts-métrages d'animation canadiens, néerlandais et français (0h41).

Un renard part en quête d'une baleine mystérieuse ; un homme cherche depuis sa petite enfance à vivre au fond de la mer ; une maison s'arrache de ses fondations pour traverser le monde ; et Sam, un souriceau, est prêt à tout pour voler avec les hirondelles. Quatre films courts, sans dialogues, où la beauté des images, leur force poétique et évocatrice, évoque les thèmes de la mélancolie des vies toutes tracées, de l'émancipation salutaire et du besoin d'accomplir ses rêves. Y compris les plus fous. Un programme idéal pour les plus jeunes spectateurs, aussi beau et joyeux qu'inventif.

Xavier Leherpeur

 "Leur Souffle", par Cécile Besnault et Ivan Marchika. Documentaire français (2h).

Quelle est l'ardente flamme qui pousse des femmes à se livrer corps et âme à la vie monastique ? Cécile Besnault et Ivan Marchika ont observé, avec respect et simplicité, les moniales de l'abbaye bénédictine Notre-Dame-de-Fidélité, dans la vallée de la Durance. Prières, psaumes, cérémonie d'engagement, parcours spirituel de sœur Bénédicte… Le plus frappant, dans ce film, c'est la quiétude, l'apaisement, la dévotion. Les cinéastes ont capté le silence et la lumière, ainsi que les moments d'émotion, comme une rencontre avec des enfants, laissant au spectateur la possibilité de juger ou de croire. Pas de propagande, seulement un regard juste. A la fin du tournage, les deux cinéastes ont choisi leur voie : Ivan Marchika, ex-informaticien, est resté athée ; Cécile Besnault, elle, est entrée dans les ordres.

François Forestier

 "Résistantes", par Fatima Sissani. Documentaire algérien (1h16).

Une guillotine. Un slogan sur un mur : "Un seul héros, le peuple". Trois visages de femmes âgées. Elles parlent avec émotion. Elles racontent la guerre d'Algérie, vue du côté du FLN. Alice Cherki, Eveline Safir Lavalette, Zoulikha Bekaddour, militantes de base, se sont battues, ont été torturées, ont payé de leur personne pour l'indépendance. Pendant cinquante ans, elles se sont tues. Devant la caméra de Fatima Sissani, elles parlent, avec franchise et détermination. C'est leur contribution à l'Histoire. Ce qui est évident, c'est la clarté de leur discours, la ligne droite de leur conviction, leur courage vibrant. Malgré les années sombres et l'âge, elles n'ont pas perdu espoir dans l'avenir. Elles ne sont pas émouvantes, ces femmes. Elles sont bouleversantes.

François Forestier

"Sunset", par László Nemes. Drame franco-hongrois, avec Juli Jakab, Vlad Ivanov, Evelin Dobos (2h21).

 Le premier film de László Nemes, "le Fils de Saul", thriller dans le camp d'Auschwitz adoubé par Claude Lanzmann, relevait du miracle. Sa réussite tenait à la rigueur d'une mise en scène asphyxiante mais allusive, à cette caméra scotchée au protagoniste, âme errante dans une usine de mort que les arrière-plans flous et le travail sur le son évoquaient plus qu'ils ne montraient. Ce dispositif formel que l'on croyait pensé pour le sujet, le cinéaste de 42 ans le reproduit à la lettre dans "Sunset". Le point de vue adopté est, cette fois, celui d'une femme orpheline, de retour à Budapest, au sein de la chapellerie familiale, en 1913. A la recherche d'un frère inconnu, elle découvre les dessous de l'aristocratie hongroise menacée par les mouvements anarchistes, ébranlée par une société au bord du chaos. Bientôt, le prince François-Ferdinand sera assassiné, la Première Guerre mondiale éclatera. Cette fin de monde, les deux heures vingt interminables de "Sunset", son récit louvoyant et ses effets voyants ne font que vaguement tourner autour. Le style de László Nemes, si adapté pour traiter la Shoah, s'avère ici inopportun et forcé.

Nicolas Schaller

 

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