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IL Y A 20 ANS BARBARA HOMMAGE

 

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Barbara, née le 9 juin 1930 dans le 17ᵉ arrondissement de Paris et morte le 24 novembre 1997 à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, est une auteure-compositrice-interprète française. 

Date et lieu de décès : 24 novembre 1997, Neuilly-sur-Seine

Nom complet : Monique Andrée Serf

Lieu d'inhumation : Cimetière parisien de Bagneux, Bagneux

Le 24 novembre 1997 s'en allait Barbara. Vingt ans plus tard, on réédite le beau livre que lui avait consacré notre ami Jérôme Garcin. 

Par 

 

Pour résumer, Jérôme Garcin, chef du service culturel, aime le café sans sucre, les journalistes au taquet, les chevaux, Bartabas, Modiano et Barbara. «Barbara, claire de nuit», la réédition augmentée et embellie du livre paru en 1999, arrive sur les tables des libraires au milieu de plein d'autres. Sauf que lui, il l'a connue.

Il a d'abord adoré ses chansons comme tout le monde, puis la vie lui a permis de la rencontrer, de l'interviewer et même de nouer avec elle une belle relation. Dans les loges de théâtre, dans sa cuisine de Précy-sur-Marne, il lui parlait d'elle et de ses chansons comme autant de «devoirs de mémoire» ou comme une maison de famille qu'on retrouve avec émotion.

Et elle lui parlait de lui, de sa femme, de ses enfants, de sa Normandie chérie. Attentive, bienveillante, généreuse. Une amie, quoi ! On a l'impression d'entendre la voix de Barbara «trépidante, provocante, coruscante. J'aimais ses coups de téléphone matinaux, son affection intempestive, ses tutoiements où entraient de la tendresse et du comminatoire».

 

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Lorsque fin 1997, disparaît Barbara (elle disait détester le mois de novembre), on sent bien que c'est toute une période de la chanson française qui s'achève. Avec les Brassens, Brel, Piaf et autre Ferré, Barbara symbolisait en fait cette génération issue du cabaret. Faite d'abord pour la scène, et non pour le disque, cette race d'artiste entretenait avec son public une relation intime et forte. Il ne s'agissait pas de "starmania", mais simplement d'amour réciproque. C'est pour son public que Barbara avait écrit : "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous".

Biographie: 

Monique Serf est née à Paris le 9 juin 1930, deuxième enfant d'une famille qui en comptera quatre. Son père est alsacien et sa mère, originaire d'Odessa en Ukraine (ex-URSS). Durant la Deuxième Guerre mondiale, sa famille est obligée de changer d'hôtels sans arrêt et de faire ses valises rapidement, comme de nombreuses familles juives. À la libération, ils s'installent dans une pension du Vésinet. Sa voisine, professeur de chant, lui fait travailler sa voix et lui enseigne le solfège ainsi que le piano.

Entrée à l'École supérieure de musique, elle suit, dès 1947, la classe de Gabriel Paulet. Elle travaille les mélodies de Duparc, Fauré‚ ou Debussy. Pour gagner sa vie, elle se fait engager comme mannequin-choriste dans "Violettes Impériales" dont Marcel Merkès est la vedette au Théâtre Mogador de Paris. À cette époque, elle écoute Mireille, Édith Piaf, découvre Charles Trenet et commence à ébaucher elle-même des chansons.  

En 1949, elle rencontre Jean Wiener qui l'envoie auditionner chez les frères Prévert. Pierre Prévert dirige alors la "Fontaine des Quatre Saisons", cabaret parisien de la rue de Grenelle. Malheureusement, ses spectacles y sont boudés. Pour l'aider, Prévert lui offre un emploi de plongeuse. Elle y voit se produire Boris Vian et Mouloudji.  

De 1950 à 1952, elle séjourne à Bruxelles, dans des conditions parfois difficiles, et rencontre des peintres et écrivains qui vivent dans une vieille et belle maison qu'ils ont transformée en ateliers et en salle de concert. Ils lui installent un piano afin qu'elle puisse chanter en public.

Après cette expérience, elle ouvre un cabaret "Le Cheval blanc". Mais faute d'argent, elle rentre à Paris. Elle auditionne à "l'Écluse" où elle est engagée pour huit jours.

En 1954, elle présente un tour de chant chez "Moineau". Elle a ajouté à son répertoire des chansons de Léo Ferre ou Pierre Mac Orlan, et même les premières de Georges Brassens.

L'année 57 voit l'enregistrement d'un 45 tours à Bruxelles, "Mon pote le gitan" et "l'Œillet blanc". Barbara interprète en public ses premières compositions en 1959 : "J'ai troqué" ou le célèbre, "Dis quand reviendras-tu".

Premier disque à 30 ans

En 1960, elle sort chez le label Odéon un disque où elle chante Brassens et qui obtient le grand prix du disque et le prix d'interprétation. De tours de chant en sorties de disques (le label Philips publie en 63 un 30 cm avec ses propres compositions "Barbara chante Barbara"), elle fait la première partie de Georges Brassens en décembre 64 à Bobino. Elle est enfin révélée au grand public. 

Le 14 mars 1965, son disque "Barbara chante Barbara" est primé par l'Académie Charles-Cros. À la fin de la cérémonie au Palais d'Orsay, elle déchire son diplôme en quatre pour en remettre les morceaux aux techniciens en signe de gratitude. Bobino, où elle chante en vedette à partir du 15 septembre, est un grand succès. C'est après ce spectacle qu'elle écrit "Ma plus belle histoire d'amour", déclaration destinée à son public.

Elle effectue une tournée européenne en 1967 et enregistre même un disque en allemand qui sera par ailleurs un échec commercial.

À la demande de Lucien Morisse, directeur de la station de radio Europe1, Barbara donne le 22 janvier 1968 un récital unique à l'Olympia retransmis en direct. L'année d'après, elle renoue avec cette salle pour un spectacle où Georges Moustaki vient la rejoindre pour chanter leur célèbre duo "la dame brune".

En 1970, l'écrivain Rémo Forlani écrit "Madame", pièce de théâtre dans laquelle Barbara joue le rôle d'une prostituée partie à la recherche d'un amour en Afrique. Elle en compose la musique. Malheureusement, le spectacle est un échec, mais donne cependant lieu à un album orchestré par Jean-Claude Vannier. La même année, sort un autre album, "L'Aigle noir", succès de l'été.

Rencontré au début des années 50, Jacques Brel lui demande de venir tourner le film "Franz" avec lui. En 1971 donc, elle écrit le thème du film, "Églantine". Elle enregistre aussi un nouvel album intitulé "La Fleur de l'amour".

En 1972, la chanteuse débutante Catherine Lara écrit deux titres pour Barbara. Puis l'année suivante, c'est William Sheller qui orchestre l'album "La Louve" sur des textes de François Wertheimer. Le titre "Marienbad", dont la partition est écrite par Sheller, est un immense succès, repris par toutes les radios françaises. Elle quitte aussi Paris et va désormais habiter à la campagne, à Précy (Seine-et-Marne).

Elle fait sa rentrée parisienne au Théâtre des Variétés à Paris au début de 1974. Puis elle tourne en Europe et en Israël. Elle continue de mener une vie itinérante jusqu'en 1977.

L'année suivante, François Reichenbach réalise un film sur le spectacle qu'elle présente pendant un mois à l'Olympia en février.

Récital triomphal à Pantin

Son nouveau disque, "Seule", sort en février 1981. Puis le 28 octobre, c'est la "générale" du célèbre récital de Pantin (en banlieue parisienne). C'est un triomphe. Des barrières sont installées devant la scène pour empêcher les spectateurs de l'envahir.

Le 22 décembre 1982, elle reçoit du ministre de la Culture français, Jack Lang, le Grand Prix national de la Chanson française. Cette année-là, elle commence à préparer un spectacle étonnant, "Lily Passion" avec le comédien Gérard Depardieu, qu'elle avait rencontré dès 79. C'est en fait quatre ans plus tard que le "Drame cruel et tendre" comme le nomme la brochure de présentation, est créé au Zénith de Paris.

Le 8 juillet, elle est invitée par le grand danseur Mikhail Baryshnikov, à venir chanter au Metropolitan Opera de New York alors qu'il improvise une chorégraphie sur des chansons comme "Pierre" ou la "Cantate".

La "Dame en noir", comme on la nomme dorénavant, revient au Châtelet en 1987, où elle crée la chanson "Sid'amour à mort", témoignage de sa préoccupation pour les problèmes de son temps et en particulier pour le sida. Elle reprend ensuite une tournée au Japon et au Canada.

Elle rencontre aussi l'homme politique Jacques Attali qui lui écrit une chanson "Coline", sur une musique de Franz Schubert. 

En 1990, reconnue comme une des plus grandes voix de la chanson française au style de chant à la fois maniéré et dramatique, mais aussi comme auteur-compositeur exceptionnel, elle commence une série de concerts à Mogador à Paris. En 1993, après un passage à vide dû à des problèmes de santé, elle reprend le chemin de la scène au Châtelet, mais doit abandonner le spectacle après quelques jours, sa respiration étant trop difficile. Ce récital fait cependant l'objet d'un disque dans lequel tout l'amour qu'elle porte à son public, et inversement, transparaît.  

C'est en 1996 que Barbara retourne en studio pour un dernier album, "Barbara 96". Elle convie de grands musiciens comme le violoniste Didier Lockwood ou l'accordéoniste Richard Galliano, l'organiste Eddy Louiss ou le chanteur, Jean-Louis Aubert. Pour les textes, Barbara s'entoure d'auteurs confirmés tels Frédéric Botton et Luc Plamondon, mais interprète aussi un texte écrit par le jeune comédien Guillaume Depardieu, "À Force de". En dépit d'un accueil public et critique toujours excellent, la chanteuse ne retrouve pas la scène en raison des problèmes respiratoires qui ne lui permettent plus cet effort.

Réfugiée dans sa maison de Précy-sur-Marne, Barbara commence alors à écrire ses mémoires. En dépit d'une immense discrétion, elle reste très au courant de la vie du monde et s'investit dans de nombreuses causes. Jusqu'au bout, elle soutient ardemment l'action de l'association de lutte contre le sida, Act-Up, à qui elle cède, en 96, la totalité des droits de la chanson "Le Couloir". Elle se consacre également au sort des détenus dans les prisons qu'elle visite régulièrement et ouvre même une ligne téléphonique confidentielle pour répondre aux personnes en détresse de jour comme de nuit. Mais, sa générosité se vérifie au sein même de son village puisqu'elle participe souvent à la vie de Précy, et n'hésite pas à cuisiner pour les enfants ou à offrir nombre cadeaux pour les arbres de Noël.

Hospitalisée le 24 novembre 97, elle meurt le 25 suite aux problèmes respiratoires qui l'handicapaient depuis des années. Son décès est ressenti comme un choc par son public qui du jour au lendemain se sent orphelin. Deux mille personnes, essentiellement des anonymes se pressent à ses obsèques, le 27 novembre dans le carré juif du petit cimetière de Bagneux en banlieue parisienne.

Post mortem

En septembre 98 sort aux éditions Fayard à Paris, le livre de ses mémoires, intitulé "Il était un piano noir…". Ce travail (inachevé) qu'elle avait entrepris un an avant sa mort révèle un secret douloureux, celui de l'inceste commis par un père qui finit par abandonner sa famille et mourir seul à Nantes. Elle y raconte aussi son désir quasi obsessionnel de chanter, son attachement aux pianos noirs et ses errances de jeunesse. Ce témoignage éclaire un peu la personnalité mystérieuse de la chanteuse et nous donne quelques clés pour mieux comprendre son œuvre.

Le 30 janvier 2000, ses biens sont vendus aux enchères, ainsi que la maison de Précy. Puis, en juin, sont mis en vente de nombreux souvenirs dont son célèbre fauteuil à bascule ou ses vêtements de scène. Cette vente provoque un vif émoi parmi ses admirateurs et amis qui voulaient lutter contre la dispersion en créant un musée. Ils ont d'ailleurs réussi à racheter certains de ces objets grâce à des dons.

Au fil du temps, des disques continuent à sortir comme le coffret "Une femme qui chante", soit 19 CDs et 350 titres qui rassemblent ses chansons enregistrées sur les labels Decca, Pathé, Odéon, CBS et Philips. On y trouve aussi des inédits dont le concert qu'elle donnât le 22 janvier 1968 à l'Olympia.

Les hommages se multiplient, celui de la jeune chanteuse Daphné en 2012 avec un disque intitulé "Treize chansons de Barbara" ou plus tard en 2014, celui de Patrick Bruel, un album nommé "Très souvent, je pense à vous". En 2017, sortent "Elles & Barbara", une compilation de titres chantés par treize artistes féminines, réalisée par Édith Fambuena, un disque "Gérard Depardieu chante Barbara" (suivi de 9 représentations au théâtre des Bouffes du Nord, unanimement plébiscitées), et aussi un hommage du pianiste classique Alexandre Tharaud, intitulé "Barbara".

En octobre 2017, une exposition à la Philharmonie de Paris est organisée autour de l'artiste (avec pour commissaire, Clémentine Deroudille) dont l'ouverture est précédée quelques semaines plus tôt par la sortie d'un film réalisé par Mathieu Amalric, qui se veut une évocation de la chanteuse plutôt qu'un biopic ("Barbara").

Enfin parait "Lily Passion", album studio inédit de Barbara. Car si ces chansons ont été enregistrées en public au moment où le spectacle a été monté, on pensait les enregistrements studio complètement perdus. Une bonne surprise pour les aficionados, très nombreux encore, 20 ans après sa disparition.

Octobre 2017

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Pour rendre hommage au 20 ans de la disparition de barbara le 24 Novembre 1997 votre site avec la collaboration de Sophie Delassein et du service documentation de clairetnetradio,nous vous proposons de retracer une carriére faite de douleurs et de joies intenses     ......

  • Le 22 mars 1986, au lendemain de son spectacle Lily Passion à Nantes, Barbara, accompagnée de son partenaire, Gérard Depardieu, inaugure la rue de la Grange-au-Loup dans le quartier de Saint-Joseph de Porterie. Il est presque certain que Jacques Serf, son père, avait trouvé refuge dans les dépendances d’une ferme voisine, aujourd’hui disparue. Jusqu’alors, la rue de la Grange-au-Loup n’existait que dans la chanson où Barbara évoquait le rendez-vous manqué avec son père, le 20 décembre 1959, où il mourut à l’hôpital de Nantes : « Pourtant, j’étais au rendez-vous / Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup / Mais il ne m’a jamais revue / Il avait déjà disparu / Il pleut sur Nantes / Et je me souviens / Le ciel de Nantes / Rend mon cœur chagrin. » (éd. Métropolitaines). Le 9 décembre 2000, trois ans après le décès de la chanteuse, une allée perpendiculaire à la rue de la Grange-au-Loup est baptisée du nom de Barbara, à la demande de l’association « la Commune Libre de Saint Joseph de Porterie ». Pour cette inauguration, une fresque peinte par Philippe Béranger et une statue en bronze exécutée par Jeanne Merlet sont dévoilées.
  • En 1998, le conseil municipal de la ville de Saint-Marcellin, en Isère, où Barbara et sa famille se réfugièrent durant l’Occupation de 1943 à 1945, décide de donner le nom de la célèbre chanteuse à un square de la ville. Depuis, la municipalité organise des manifestations autour de Barbara.
  • Le 10 juillet 1999, la municipalité de Roanne dans la Loire, où Barbara habita en 1938, inaugure un square en hommage à la chanteuse42.
  • Le 2 juin 2000, lors de la vente aux enchères des archives de la chanteuse, à Cheverny, la partition manuscrite de la chanson Nantes est préemptée par le ministère de la Culture, pour le compte de la ville de Nantes. Ce document est désormais exposé dans le château des ducs de Bretagne.
  • Un timbre à l’effigie de Barbara, faisant partie d’une série consacrée aux célébrités de la chanson française, est mis en service par La Poste, le 21 mai 2001.
  • Le 24 novembre 2001 est inaugurée l'allée Barbara à Massy, en présence de la chanteuse Marie-Paule Belle.
  • Le 22 juin 2002, une plaque commémorative est dévoilée au 50 rue Vitruve à Paris en présence de Michel Charzat, député-maire du 20e arrondissement, et de Jürgen Danielowski (de), maire de Göttingen. C'est la seconde plaque apposée dans Paris à la mémoire de Barbara, la première l’ayant été par l'association Les Amis de Barbara le 9 juin 2001, sur la façade de sa maison natale, 6 rue Brochant dans le 17e arrondissement.
  • Le 22 novembre 2002, l’association culturelle franco-allemande, l'association Barbara Perlimpinpin, le cinéma Lumière et la municipalité de Göttingen, apposent une plaque commémorative sur la façade de l’ancien Junges Theater, où Barbara avait donné un récital en 1964. Sur cette plaque, il est rappelé qu’elle avait écrit la chanson Göttingen dans le jardin voisin : touchée par la chaleur du public venu l’applaudir, la chanteuse avait voulu le remercier en écrivant une chanson dédiée à la ville en choisissant la tranquillité du jardin attenant au théâtre. Par ailleurs, au sud de la ville, une Barbarastrasse est inaugurée. Le 9 juin 2007 en présence d’une délégation de l’ambassade de France en Allemagne, un rosier Hommage à Barbara® (Delchifrou) est planté dans le jardin de l’ancien Junges Theater (devenu le cinéma Lumière).
  • Ann'so et Roland Romanelli signent à la fin de l'année 2002 un spectacle en hommage à la chanteuse, Ma plus belle histoire d'amour… Barbara43,44. Ann'so défend ce spectacle sur la scène de L'Européen45,46. Enregistré avec l'Orchestre symphonique de Bulgarie, un album en est extrait.
  • À la demande de l’association Barbara Perlimpinpin, une rose d’un rouge intense aux reflets de velours noir, Hommage à Barbara® (Delchifrou), est créée par le pépiniériste Delbard. Le rosier est baptisé, le 6 juin 2004, à la Roseraie du Val-de-Marne de L’Haÿ-les-Roses.
« Cette rose perpétue la mémoire de l’artiste.
Sur les scènes de tous les théâtres où elle a chanté, les roses, très présentes dans ses paroles, ont accompagné et entouré Barbara. »

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  • Des survivants français du camp de Mittelbau-Dora ont planté le rosier Hommage à Barbara® (Delchifrou) le 11 avril 2007, jour du 62e anniversaire de la libération du camp, en signe de la réconciliation franco-allemande.
  • En novembre 2007, le Hall de la chanson célèbre les 10 ans de la mort de Barbara, en organisant des rencontres filmées autour de sa vie et de son œuvre, réunissant des journalistes, des artistes et des intellectuels, au Cabaret de L’Écluse à Paris49.
  • En 2010, elle est citée dans la chanson de Camélia Jordana Non, non, non (Écouter Barbara).
  • En 2011, Sylvie Vartan reprend Mon enfance, lors du concert anniversaire pour ses 50 ans de carrière à la salle Pleyel.
  • Le 29 octobre 2012, Naïve publie l'album de Daphné, Treize chansons de Barbara.
  • En février 2017, Gérard Depardieu lui rend hommage dans l'album et le spectacle Depardieu chante Barbara.
  • Le 9 juin 2017, Mercury / Universal publie Elles & Barbara, album hommage où treize chanteuses reprennent treize chansons sous la direction artistique d'Édith Fambuena.
  • Du 23 au 26 juillet 2017, Juliette Binoche et Alexandre Tharaud lui rendent hommage dans le spectacle Vaille que Vivre joué dans la cour du lycée Saint-Joseph d’Avignon dans le cadre du Festival d'Avignon 2017.

Au cinéma

Autres éléments secondaires de sa carrière musicale

Prix Barbara

En 2010, à l’occasion de la 29e Fête de la musiqueFrédéric Mitterrand crée le Prix Barbara, qui honore une jeune chanteuse. Les lauréates sont :

Bibliographie

Quelques ouvrages sont parus du vivant de Barbara : un recueil de textes, précédé d’un portrait par Jacques Tournier, dans la collection « Chansons d’aujourd’hui », chez Seghers en 1968, et une première biographie de Marie Chaix, chez Calmann-Lévy en 1986. Le Mercure de France a publié en 1980 un roman La Barbaresque de Sandra Thomas. L’auteur y mêle sa quête de paternité avec sa relation étroite (et pas toujours partagée) avec la chanteuse.

Travaux universitaires

Joël July, sous la direction de Joelle Gardes-Tamine, Style et versification dans les chansons de Barbara, thèse de doctorat en langage et parole, faculté des lettres et sciences humaines, université Aix-Marseille  

Mémoires 

Barbara, Il était un piano noir-- : mémoires interrompus,

 

Paris, Fayard1e éd., 229 p. (ISBN 978-2-213-60015-4 et 978-2-213-60274-5OCLC 45446498)

  • Barbara, Il était un piano noir ... : mémoires interrompus, Paris, Fayard,  (ISBN 978-2-213-61382-6) réédition (relié format 22,50 × 35, avec de nombreuses photographies pleine page)
  • Les mémoires interrompus ont fait l'objet d'une série radiophonique sur France Culture en 2013, rediffusée en avril 2015.

Biographie

Documents et témoignages

Magazines

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Barbara, un jour, une chanson : "J'ai troqué", le frémissement

Barbara, un jour, une chanson : "J'ai troqué", le frémissement
Barbara en 1969. (AFP PHOTO / DSK)

PREMIER EPISODE: Lors de sa première apparition à la télévision, Barbara dévoile "J'ai troqué", l'une des premières chansons dont elle est l'auteur.

 

Le 24 novembre 1997, Barbara disparaissait. Pour célébrer ce triste anniversaire et remettre la longue dame brune au présent, l"’Obs" retrace son parcours en vingt chansons.

Ce 12 juillet 1958, pour elle, c’est un début à la télévision. Elle vient d’avoir 28 ans. Dans l’émission "Cabaret du soir", animée par Micheline Sandrel et Colette Mars, Barbara interprète "J’ai troqué", sa première tentative en tant qu’auteure-compositrice.

 

Car, jusqu’à présent, Barbara, née Monique Serf le 30 juin 1930 à l’orée du square des Batignolles, a passé ses dernières années à se chercher. En France et en Belgique surtout, elle n’a fait que de promener sa misère et compter ses défaites sur le boulier de sa jeune existence. D’elle, le public ne veut pas, ouvertement réfractaire à cette nouvelle voix, allant jusqu’à balancer des projectiles sur l’inconnue qui semble vouloir marcher sur les brisés d’Edith Piaf – son modèle, en effet. Non, rien de rien, chaque fois les gens dans le noir ne lui passent rien.

Pourtant cette année 1958, elle sent enfin un frémissement. Au mois d’avril, elle a sorti son deuxième 45 tours, "la Chanteuse de minuit", comme on la surnomme au cabaret l’Ecluse, 15, quai des Grands-Augustins, où elle se produit chaque soir en fin de programme, comprenez en vedette. A quelques centimètres du piano droit qu'elle appelle sa "casserole", la jeunesse vient oublier son enfance sous les bombes, en s'enivrant, en découvrant les apprentis chanteurs, les nouveaux comiques, les mimes en herbes. Cette présence, ébouriffée et bruyante, force les artistes à grossir le trait, à en rajouter. Tous diront plus tard que ces cabarets qui fleurissaient partout sur la rive gauche dans les années 1950, auront été pour eux la plus exigeante et la meilleure école.

 

Voilà pourquoi, sur cette archive de la télévision française, Barbara sur-interprète la rouerie qui caractérise le personnage de sa chanson : cette bourgeoise devenue une fille de joie.

Sophie Delassein 

 

 

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Barbara, un jour, une chanson : "Dis, quand reviendras-tu ?"

Barbara, un jour, une chanson : "Dis, quand reviendras-tu ?"
Photo datant du 19 septembre 1987 de la chanteuse Barbara. (PATRICK HERTZOG / AFP)

DEUXIEME EPISODE. 1962, Barbara sort "Dis, quand reviendras-tu ?", inspirée par son idylle avec un diplomate.

Le 45 tours "le Temps du lilas" arrive avec le mois de mai 1962. On y découvre "Dis, quand reviendras-tu ?". A 31 ans, Barbara espère toujours sur la minuscule scène de l’Ecluse qu’on vienne la chercher pour l’emmener au music-hall. Elle rêve de Bobino, de l’Olympia pourquoi pas. "La chanteuse de minuit" attend son heure, tout en continuant à écrire ses chansons, comme le lui a conseillé Cora Vaucaire, dans les coulisses du 15, quai des Grands-Augustins. Sa carrière, ce long chemin de patience.

Un an plus tôt, en 1961, elle y a cru quand Félix Marten, étoile filante de chanson, propulsé par Edith Piaf son amante, son mentor, lui a proposé de se produire en première partie de ses concerts à Bobino. Le succès n’y est pas, et Barbara, bredouille, retourne enchanter le petit public de l’Ecluse. La patience est un atout pour les auteurs-compositeurs-interprètes, Barbara l’apprend à ses dépens.

Dans l’attente de lendemains qui chantent, elle entre souvent en studio. En 1958, elle sort son premier album, "Barbara à l’Ecluse", qui fige le répertoire qu’elle y interprète chaque soir : on y entend "les Amis de monsieur" de Fragson, "la Joconde" de Paul Brafford, mais aussi des morceaux choisis de Jacques Brel ("Il nous faut regarder") et de Georges Brassens ("la Femme d’Hector"). Bientôt, elle consacrera à chacun de ses contemporains un 25 cm : "Barbara chante Brassens" puis "Barbara chante Brel". C’était juste avant qu’elle se lance vraiment avec "Barbara chante Barbara", en 1964. Nous n’y sommes pas.

Puisque nous ne sommes qu’en 1962, l’année où la chanteuse révèle "Dis, quand reviendras-tu ?", la ballade d’une amoureuse impatiente, brûlante ("Et j’ai le mal d’amour et j’ai le mal de toi") et très autobiographique - comme le sera l’essentiel de son répertoire. Pour l’écrire, Barbara s’inspire de son idylle avec le diplomate Hubert Ballay, avec lequel elle s’est même installée rue Rémusat, dans le XVIe arrondissement parisien. Mais il s’absente souvent, trop souvent, comme l’imposent ses missions entre la France et la Côte d’Ivoire. Barbara n’est pas du genre à attendre éternellement. D’ailleurs, elle a déjà assez : "Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin/Je n’ai pas la vertu des femmes de marins".

"Dis, quand reviendras-tu ?", l’un des morceaux de choix de l’œuvre de Barbara. Elle était devenue l’hymne des inconditionnels, qui l’entonnaient en cœur lorsque le rideau de scène retombait après l’ultime rappel. Et qu’ils en réclamaient une dernière, encore, rien qu’une, parce que d’elle ils en voulaient toujours plus : "Le sais-tu que tout le temps qui passe ne se rattrape guère ?". Ses paroles, inspirées par un chagrin amoureux de passage, lui revenaient en boomerang.

Sophie Delassein

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Barbara, un jour, une chanson : "Nantes", la fondatrice

Barbara, un jour, une chanson : "Nantes", la fondatrice
Barbara, en 1964. (Albert Courand/INA)

TROISIEME EPISODE. En 1964, Barbara raconte la mort de son père dans "Nantes", la chanson fondatrice de son répertoire.

 

"Il pleut sur Nantes, donne-moi la main", chante Barbara, plantant d’emblée le décor de ce funeste du jour où elle apprit la mort de "ce vagabond, ce disparu". On saura à la fin de "Nantes", cette chanson fondatrice, emblématique de son répertoire, qu’elle convoque en le sublimant un souvenir qui remonte au mois de décembre 1959. Elle se trouve alors chez sa mère, Esther, au 50 rue de Vitruve, quand au téléphone un inconnu leur annonce que Jacques Serf vient de s’éteindre à Nantes.

Dix ans qu’ils étaient sans nouvelle, depuis qu'il avait abandonné sa femme et leurs quatre enfants : Jean, Régine, Monique (alias Barbara) et Claude, le benjamin. "Voilà qu’il m’était revenu", écrit Barbara, refaisant chaque fois qu’elle interprète cette chanson le voyage jusqu’à Nantes, jusqu'au 25 rue de la Grange-aux-Loups, cette adresse qui n’existe que dans la chanson. La jeune femme de 29 ans, escortée de son petit-frère, Claude, ne le couchera pas "dessous les roses", comme c'est dit, mais dans une fosse commune, faute de moyens.

"J'ai troqué", le frémissement

Jacques Serf hantera longtemps le répertoire de Barbara. Les relations père/fille étaient compliquées, douloureuses, tragiques. A plusieurs reprises, la chanteuse reviendra sur l’inceste paternel dont elle fut victime plusieurs années durant. Elle l'évoquera dans plusieurs chansons, mais chaque fois dans un langage imagé, codé, jusqu’au jour où elle en dévoilera plus directement la nature. Dans ses mémoires, "Il était un piano noir…", qui paraîtront un an après sa disparition, elle écrit : "Un soir, à Tarbes, mon univers bascule dans l’horreur. J’ai 10 ans et demi. Les enfants se taisent parce qu’on refuse de les croire. Parce qu’on les soupçonne d’affabuler. Parce qu’ils ont honte et qu’ils se sentent coupables. Parce qu’ils ont peur. Parce qu’ils croient qu’ils ont les seuls au monde avec leur terrible secret."   

"Dis, quand reviendras-tu ?"

La reconnaissance que Barbara attend depuis tant d’années arrive avec "Nantes", dont la version définitive figure sur l’album de 1964, "Barbara chante Barbara", avec Claude Dejacques à la direction artistique, c'est lui qui lui suggère de cesser de rouler les "r". Sur ce disque, on découvre "A mourir pour mourir", "Pierre", "Au bois de Saint-Amand", "Gare de Lyon" ou "Paris 15 août".

Barbara éclot sur scène à la fin de l'année, en première partie de Georges Brassens à Bobino. Enfin !

Sophie Delassein

 

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Barbara, un jour, une chanson :

 

"Göttingen", la réconciliatrice

Barbara, un jour, une chanson : "Göttingen", la réconciliatrice
La chanteuse Barbara, le 16 septembre 1965, en pause lors d'une interview pour France-Inter à l'occasion de son concert à Bobino. (Claude James/INA/AFP)

QUATRIEME EPISODE. En 1965, Barbara dévoile "Göttingen", son hymne de réconciliation franco-allemande.

 

Elle hésite avant d’accepter cette invitation à aller chanter en Allemagne. La guerre, c’était hier. Barbara en garde des souvenirs de fuites, et cette peur panique chaque fois que l’on toque à sa porte. "Ne dis jamais à personne que tu es juive", entendait-elle souvent durant ces années où la famille se cachait dans le village de Saint-Marcellin, dans l’Isère.

Elle hésite avant de se rendre à Göttingen, la cité estudiantine située entre Bonn et Berlin. Nous sommes au mois de juillet 1964, peu avant la sortie de l’album "Barbara chante Barbara". Avant sa naissance artistique sur la scène de Bobino, en première partie de Georges Brassens. Avant le succès tardif. Gunther Klein dirige le Junges Theater où elle arrive, à l’évidence tendue, sinon pourquoi aurait-elle fait ce caprice de star, elle qui n’en est pas une ? La chanteuse refuse de jouer sur le piano droit à disposition, menaçant de tout annuler et de rebrousser chemin si on ne lui apporte pas un piano à queue digne de ce nom – digne d’elle.

"Nantes", la fondatrice

Quelques heures plus tard, les étudiants en dénichent un chez une vieille dame et le transportent sur la scène où, avec un peu de retard, Barbara se déploie. A sa grande surprise, elle triomphe. Forcément émue par cet accueil, le dernier jour, elle s’installe dans le jardin contigu au théâtre et écrit une première version de "Göttingen", qu’elle chante le soir même. Elle la peaufinera à son retour à Paris. Dans ses mémoires inachevées, elle écrira : "Je dois donc cette chanson à l’insistance têtue de Gunther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen, à un profond désir de réconciliation, mais non d’oubli."

 

La chanson deviendra l’hymne de réconciliation franco-allemande, les ennemis héréditaires. A peine deux ans après sa création, elle enregistrera "Göttingen" en allemand pour l’album "Barbara singt Barbara". Les studios Philips de Hambourg sont témoins de sa difficulté à chanter dans cette langue rugueuse, qu’elle ne maîtrise pas.

"Dis, quand reviendras-tu ?"

Pour l’heure, "Göttingen" constitue l’un des moments importants de l’album qui sort à l’automne 1965, toujours sous la direction artistique de Claude Dejacques. Barbara est accompagnée par Joss Baselli à l’accordéon, Michel Portal au saxophone et Pierre Nicolas à la basse. Le disque est porté par "le Mal de vivre", "Une petite cantate", "la Solitude", et donc "Göttingen", qui arrive avec le vingtième anniversaire de la Libération. Denise Glaser, qui révélait chaque semaine des auteurs-compositeurs dans son programme télévisé "Discorama", demeure l’un de ses plus fervents soutiens. Et France-Inter organise une journée Barbara, avant que le rideau de Bobino ne s’ouvre, ce 15 septembre 1965, sur une artiste qui se ressemble de plus en plus.

Sophie Delassein

 

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Barbara, un jour, une chanson : "la Dame brune", une légende est née

Barbara, un jour, une chanson : "la Dame brune", une légende est née
Barbara, en 1967. (Dalmas/SIPA)

CINQUIEME EPISODE. En 1967, elle sort "la Dame brune", co-écrit avec Georges Moustaki, qui achève de la figer dans sa légende de femme en noir auréolée d'un épais mystère.

Ils se sont rencontrés une de ces nuits sur la rive gauche, au gré de leurs tournées de cabarets. Fille de la lune, Barbara se lie d'amitié avec Georges Moustaki, l'enfant du soleil d'Alexandrie. La chanteuse, comme la plupart des chanteuses de cette époque, est forcément curieuse et intéressée d'approcher cet auteur-compositeur qui a connu son heure de gloire en 1958. Sa liaison d'un an avec Edith Piaf s'était achevée en beauté, quand elle avait porté sur la scène internationale "Milord", la chanson qu'il lui avait écrite sur une musique de Marguerite Monnot.

"Göttingen", la réconciliatrice

"Milord" a fait de lui un auteur convoité. Depuis lors, il cherche sans y parvenir à reproduire ce miracle, plaçant ses chansons à des interprètes de hasard. Ainsi, en 1961, de Georges Moustaki, Barbara enregistrait quelques chansons de Moustaki : "De Shanghai à Bangkok" et "Vous entendrez parler de lui". Sans succès. La même année, il sortait son premier album, "les Orteils au soleil". Sans plus de succès.

"La Dame brune", dont ils co-écrivent les paroles, naît d'un charmant chantage. Georges Moustaki, qui aimait beaucoup entretenir son image de grand paresseux, racontera que Barbara possédait chez elle, rue de Rémusat, un poste de télévision devant lequel il aimait s'assoupir. Lasse de le voir affalé sur son canapé, Barbara aurait menacé de le priver de récréation cathodique s'il ne se mettait pas illico au travail.

 

Ainsi naît "la Dame brune", qui achève de figer Barbara dans sa légende de femme en noir auréolée d'un épais mystère. Elle figure sur l'album de 1967, "Ma plus belle histoire d'amour", dont Michel Colombier signe les arrangements.

"Dis, quand reviendras-tu ?"

La séquence où Barbara et Moustaki chantant en duo "la Dame brune" sur le plateau de Denise Glaser est restée célèbre. Elle est plus sobre que leur prestation dans l'émission "Dim Dam Dom" où ils jouent – elle surtout – au jeu de l'amour.

Moustaki accompagnera Barbara tout au long de sa tournée. Il lui doit ce succès qui le remet en selle. Il lui doit aussi d'avoir rencontré Serge Reggiani, l'acteur devenu chanteur, qui aura rendu populaires "Ma liberté", "Ma solitude", "Sarah" et "Votre fille a vingt ans".  

Plus tard, on retrouvera le tandem Barbara/Moustaki au bout de "la Ligne droite", jouant chacun leur partie. Lui à la guitare, elle enchaînant au piano.

Sophie Delassein

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Barbara, un jour, une chanson : "le Soleil noir", l'exutoire

Barbara, un jour, une chanson : "le Soleil noir", l'exutoire
La chanteuse Barbara, en 1968. (Louis Joyeux/INA)

SIXIEME EPISODE. Avec "le Soleil noir", Barbara peut enfin savourer le succès tant attendu.

 

A tous ceux – ils sont nombreux – qui trouvent son répertoire trop sombre, très anxiogène, Barbara répond par la chanson "le Soleil noir", celle qui donne son titre à l’album de 1968. Que nous dit-elle sinon qu’elle rêverait d’arriver sur scène avec des idées lumineuses, heureuses, de joie et d’espoir. Si ce n’est pas ce qui vient spontanément au bout de la plume de ce Pierrot lunaire, c’est que la vie, sa vie, l’en empêche : "Je reviens de loin/Et mon soleil est noir."

Sa vie de souffrance, traumatisée par la guerre, l’inceste, la misère durant ses années belges, les quinze années de galère qui marquèrent son début de carrière. Elle n’en parle pas encore, au moment de la sortie de ce disque, mais sa mère dont elle était si proche s’est éteinte, un an plus tôt, le 6 novembre 1967. Il faudra attendre quatre ans avant qu’elle ne consacre une chanson à Esther Serf, née Brodsky. Ce sera "Rémusat". Alors, non, Barbara ne reviendra pas (ou rarement) avec des vers d’une insouciance feinte.

L’album "le Soleil noir" compte parmi ses grands disques, sa carrière est en plein envol. Parce qu’elle aime qu’on ne pénètre pas dans son monde sans prévenir, sans frapper, elle a écrit "du Bout des lèvres". Parce que la nuit est son domaine, elle chante "le Sommeil". Parce que la petite fille juive ne peut oublier les années d’Occupation, elle chante "mon Enfance".

Le succès qu’elle a tant attendu est enfin là, pourtant, après la sortie du "Soleil noir", un soir à la fin d’un récital à l’Olympia, à la surprise générale au soir du 17 février 1969, la chanteuse revient des coulisses et fend le rideau rouge pour annoncer qu’elle se retire, qu’à la scène elle fait ses adieux – elle reviendra là-dessus.

Barbara, un jour, une chanson : "La Dame brune" : une légende est née

Le 6 mai 1967, Brel avait fait de même. Barbara reprend les arguments de celui qui fut son grand-frère en chanson. La peur de se répéter, de tricher, de mentir. Et en effet, Barbara tente une autre aventure, celle de la comédie. Elle est "Madame", au Théâtre de la Renaissance, dans la pièce écrite sur mesure par Rémo Forlani. Un échec. Et puis elle incarne Léonie, au cinéma, dans le film "Franz" de et avec Jacques Brel. Un four.

Entre temps, elle a sorti "l’Aigle noir", l'effrayant rapace de ses cauchemars qui sera une bénédiction dans sa vie.

 Ses adieux à la scène

Sophie Delassein

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Barbara, un jour, une chanson : "Perlimpinpin", pour la paix

Barbara, un jour, une chanson : "Perlimpinpin", pour la paix
Avec "Perlimpinpin", on découvre une chanteuse engagée. (DSK/AFP)

HUITIEME EPISODE. La chanson sortie en pleine guerre du Vietnam dévoile une Barbara engagée et concernée.

Elles ne sont pas si nombreuses, les chansons engagées dans le répertoire de Barbara. A partir des années 1970, elles vont ponctuer une œuvre dominée par des chansons autobiographiques, d’amour et de tourments – d’amours tourmentés, souvent. En 1965, elle chantait "Göttingen" qui devenait la bande originale de la réconciliation franco-allemande. Sept ans plus tard, elle dévoile "Perlimpinpin". La chanteuse marque une pause dans son incessante et passionnante introspection pour lever la tête et regarder son époque. Nous sommes en 1972 quand sort l’album "Amours incestueuses" : là-bas, au Vietnam, c’est la guerre. "Perlimpinpin" est antimilitariste. Si elle avait le choix des armes, Barbara choisirait "une rose entrouverte", "un souffle d’abandon", "un jardin qui frissonne". Elle nous exhorte à retrouver "le goût du perlimpinpin dans le square des Batignolles", théâtre de ses premiers quand l’enfant d’avant-guerre habitait le 17e arrondissement.

 

Au chapitre des chansons concernées de Barbara, on entendra "Regarde" qu’elle interprète sur lors de sa série de concerts à Pantin en 1981, où elle clame son bonheur fait d’espoir de voir arriver François Mitterrand à l’Elysée. L'homme qui s'avance, "une rose à la main" a le visage de l'espoir. Créée sur la scène du Châtelet en 1987, Barbara sera aussi un discret et fervent soutien aux malades atteint du Sida : pour eux, elle écrit "Sid’amour à mort". Sur l’album son ultime album, qui sortira en 1996, on entendra enfin "Les enfants de novembre", en réaction à la mort de Malik Oussekine, victime de violences policières en marge de la manifestation contre le projet de réforme universitaire Devaquet dix ans plus tôt.      

 

Barbara, un jour, une chanson : "L'Aigle noir", le mythe

"Perlimpinpin" a été remise récemment remise au présent. Quand, dans la cour des Invalides, la soprano Natalie Dessay l’a interprétée en hommage aux victimes des attentats de Paris et de Saint-Denis, du Bataclan et du Stade de France.

 

Sophie Delassein

 

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Barbara, un jour, une chanson : "l'Aigle noir", le mythe

Barbara, un jour, une chanson : "l'Aigle noir", le mythe
"L'aigle noir" est dédié à sa nièce, Laurence. (Alain Liennard/INA)

SEPTIEME EPISODE. "L'Aigle noir" est certainement la chanson de Barbara la plus populaire. Mais aussi la plus mystérieuse.

Il venait hanter ses nuits, désormais il ne la quittera plus, survolant de sa présence mystérieuse et inquiétante toutes les scènes où elle se produira. "l’Aigle noir (dédié à sa nièce, Laurence), c’est d’abord l’album enregistré sous la houlette de Michel Colombier, sorti le 28 mai 1970.

Il contient "Je serai douce", l’une des chansons créées sur la scène du Théâtre de la Renaissance, quand Barbara comédienne occasionnelle jouait "Madame", la tenancière d’un bordel en Afrique, dans la pièce écrite pour elle par Rémo Forlani. On y entend "Drouot" la tragédie de cette femme qui qui voit tous ses souvenirs sous forme d’objets et de meubles, éparpillés aux enchères publiques. On connaît "Quand ceux qui vont", une chanson sur la mort, l’un des sujets de fascination de Barbara. On y découvre aussi "Hop-là", sur une musique de Jean-Jacques Debout et Roland Romanelli (qui déploie son accordéon électronique), une chanson d’une légèreté rare, faite pour casser son image de personnage mystérieux et sombre.

Barbara, un jour, une chanson : "le Soleil noir", l'exutoire

La chanson qui donne son titre à l’album du printemps 1970, c’est "l’Aigle noir", qui reste à ce jour la plus populaire. L’idée que la chanson à l’univers fantasmagorique soit devenue le tube de l’été 1970 nous laissera toujours un peu perplexe. Car l’arrivée de ce rapace "aux yeux couleur rubis", "aux ailes couleur de la nuit", dans ses songes nocturnes n’est-elle pas annonciatrice de malheur, au moins d’une douleur ? Parle-t-elle de son père, quand elle écrit "C’est alors que je l’ai reconnu/Surgissant du passé, il m’était revenu" ? Comme ces mots nous rappellent "Nantes", son requiem au défunt Jacques Serf : "Depuis qu'il s'en était allé, longtemps je l'avais espéré, ce vagabond, ce disparu/Voilà qu'il m'était revenu."

 

Ce serait donc l’inceste qu’elle suggèrerait, quand elle demande à l’aigle tournoyant autour de ses nuits de la ramener au pays de son enfance. Avant ses 10 ans, avant qu'il ne commette l'irréparable.

Aussi dramatique soit sa ballade symboliste de 1970, Barbara avait à coup sûr assez d’humour pour rire de sa caricature par l’humoriste Claude Vega.

 

 

 

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Barbara, un jour, une chanson : "l'Enfant laboureur", l'atypique

Barbara, un jour, une chanson : "l'Enfant laboureur", l'atypique
Barbara (Louis Joyeux/Ina)

NEUVIEME EPISODE. L'album "la Louve", fruit d'une collaboration avec William Sheller, est une exception dans le répertoire de Barbara.

 

 

Octobre 1973, Barbara sort l’album le plus atypique de tous. Elle vient de poser définitivement meubles, bibelots et piano dans une vaste maison de Précy-sur-Marne, ce village à une quarantaine de kilomètres à l’est de Paris – dont le maire est alors Yves Duteil. Dans une aile de sa demeure, sa "Grange aux Loups", elle se fait installer un home-studio. Ici vont naître les chansons qui composeront "la Louve", dont on connait surtout "Marienbad".

 

"La Louve", l’album où la modernité et la liberté éclatent. Quel chemin parcouru depuis "Barbara chante Barbara" en 1964 ! Celle qui, à peine dix ans plus tôt, pouvait encore faire figure de chanteuse néo-réaliste se laisse embarquer dans le psychédélique. Dans le secret tamisé de la maison de Précy où poussent ses roses, elle a laissé s’installer François Wertheimer, auteur trois ans plus tôt d’un "Popopéracosmic". Il écrira les textes que Barbara mettra en musique.

Pour orchestrer ces chansons de larges espaces, de grands sentiments, qui rappellent parfois les peintures symbolistes de la fin du XIXe siècle, il fait venir l’un de ses proches, un jeune musicien franco-américain, brillant élève de conservatoire, destiné au Prix de Rome, que la découverte des Beatles a fait bifurquer. De lui, Barbara n’a pu entendre que "Lux Aeterna", une messe psychédélique qu’il a composée à la faveur d’un mariage. Quand William Sheller arrive à Précy, Barbara constate dans un sourire qu’il est son exact contraire : un homme, blond et de blanc vêtu. Ses orchestrations "70’s", font de "la Louve" cette exception dans le répertoire de Barbara.

 

L’album s’ouvre sur "l’Enfant laboureur". Où Wertheimer s’est mis dans la peau de cette chanteuse qui a le don de provoquer des passions, au point d’être pourchassée par des fans pressants, oppressants parfois, dont certains iraient jusqu’à passer leurs nuits devant sa maison pour quérir un signe de sa part. Elle leur répond : "Mes secrets sont pour vous, mon piano vous les porte/Mais quand la rumeur passe, je referme ma porte." Comprenez que s’ils désirent en savoir davantage sur elle, il suffit d’écouter ses chansons. Tout y est.  

Sophie Delassein

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Barbara, un jour, une chanson : "Mon enfance", la déchirante

Barbara, un jour, une chanson : "Mon enfance", la déchirante
Barbara, en octobre 1982. (DSK/AFP PHOTOS)

DIXIEME ÉPISODE. En 1968, dans "Mon enfance", Barbara nostalgique dévoile en quelques mots d'une noirceur émouvante des souvenirs très intimes.

 Pour achever cette série d'été en hommage spontané à Barbara, j'ai choisi de rompre avec la chronologie des événements. Retour en octobre 1968 et la sortie de l'album "le Soleil noir". Souvenez-vous. Elle y chantait "le Soleil noir", justifiant pourquoi la lumière irradiait si rarement son répertoire. Elle y chantait "Du bout des lèvres", exprimant son besoin vital de silence. Elle y chantait "Mes hommes" en hommage à ceux, imprésario, musiciens et techniciens, qui l'entouraient de leur mâle et rassurante présence. Elle y chantait "l'Amoureuse" car bien souvent elle le fut. Elle y chantait "Gueule de nuit" qu'elle avait écrite pour Régine, l'impératrice des fêtes parisiennes. Elle y chantait aussi "le Sommeil" qu'elle avait tendance à confondre avec la mort.

"Le Soleil noir", l'exutoire

A mon sens, elle y chantait surtout "Mon enfance". Surtout, parce que celle-ci résume bien le style Barbara - le style Barbara à son apogée. Le chant limpide et lyrique. Une ballade simple que dessine son piano instinctif. L'écrin que lui offre le grand orchestre de Michel Colombier. L'accordéon de Roland Romanelli, reconnaissable entre mille. Et ce texte d'une noirceur émouvante, pour dévoiler en quelques mots une partie de son enfance.

Quand la famille Serf, poursuivie par la Gestapo, se cachait dans le village de Saint-Marcellin, dans l'Isère. Quand les parents et leurs quatre enfants (Jean, Régine, Monique et le petit Claude), tremblaient et partaient se cacher quand on frappait à leur porte. Quand, sur le chemin de l'école, Esther, lui intimait l'ordre de ne jamais dire à personne qu'elle était juive. "Nous vivions comme hors-la-loi et j'aimais cela quand j'y pense", chante-t-elle.

 

Des années après, Barbara rebrousse chemin, elle retourne à Saint-Marcellin tout en se demandant si elle fait bien. Les lieux et leurs odeurs familières accélèrent les battements de son cœur. Elle conclut :

"Il ne faut jamais revenir, au temps caché des souvenirs, du temps béni de son enfance. Car parmi tous les souvenirs, ceux de l'enfance sont les pires, ceux de l'enfance nous déchire."

Elle a cherché à retrouver son enfance, en vain. C'est un décor de théâtre qu'elle arpente, désertés des figures qui le peuplaient jadis.

Barbara est plusieurs fois revenue en chanson sur ces années noires de l'Occupation. "Göttingen" y faisait référence, a fortiori "Mon enfance".

"Göttingen", la réconciliatrice

A la fin de sa vie, le 6 novembre 1996, après un très long silence discographique, la chanteuse sortait son ultime album. Sobrement intitulé "Barbara", il s'ouvrait sur "Il me revient", où ses souvenirs défilaient sous la forme d'une succession d'images floues, entre chien et loup. Souvenir d'un passé sous les bombes, décor dévasté et peuplé d'ombres inquiétantes.

 

A l'heure de sa presque dernière heure, Monique Serf dite Barbara, née le 9 juin 1930 près du square des Batignolles, se souvenait et se racontait en chanson. Ce qu'elle fit, toute sa vie durant avec tant de talent, avec cette grâce qui fait que, vingt ans après, elle reste si présente.

Sophie Delassein             FIN

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