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L'AMOUR DU VIN

 

AVEC MODERATION

LE VIN BRETON FAIT SES PREMIERS PIEDS

Une législation favorable, une météo clémente, un goût qui évolue vers des vins plus légers… Depuis quelques années, une bonne douzaine d’aspirants vignerons professionnels a vu le jour en Bretagne. Encore confidentiels, ces producteurs suscitent déjà l’intérêt des grands vignobles. Visite de quatre d’entre eux.

A Groix, au large de Lorient, Mathieu Le Saux, 32 ans, dans son vignoble.
A Groix, au large de Lorient, Mathieu Le Saux, 32 ans, dans son vignoble.Photo Valentin Figuier 

Du vin en Bretagne ? Il n’y a pas si longtemps ce genre de supputation vous valait des sarcasmes à peine voilés et vous expédiait illico dans le camp des doux dingues et des rêveurs impénitents. A moins qu’on ne tentât de vous faire ravaler vos élucubrations vinicoles en vous servant les fondamentaux régionaux supposés, à savoir une bonne rasade de chouchen après deux bolées de cidre fermier. Tout juste si l’on vous concédait que les plants de muscadet et de gros-plant tapissant les versants sud du pays Nantais, témoignaient encore d’un lointain passé où le raisin était la règle et la pomme l’exception sous les cieux capricieux d’Armorique.

Depuis quelques années, à la faveur d’une réglementation nettement plus ouverte aux initiatives régionales et - même si certains s’en défendent - de quelques jours ensoleillés supplémentaires au nord de la Loire, le vent est en train de tourner. Et, quand les grandes maisons champenoises, Taittinger en tête, se sont d’ores et déjà tournées vers le sud de l’Angleterre pour exploiter de nouveaux vignobles, de jeunes viticulteurs commencent à planter leurs ceps en terre bretonne et de grands noms du Bordelais ou des côtes-du-rhône, tout en préservant leur anonymat, n’en lorgnent pas moins avec insistance sur les terroirs de la région. «Ce regain d’intérêt n’a pas grand-chose à voir avec les changements climatiques, estime pour sa part Rémy Ferrand, œnologue et secrétaire de l’Association pour la renaissance des vins bretons (ARVB). Il est avant tout la conséquence de la nouvelle législation et d’une volonté de répondre à l’évolution de la consommation qui se tourne vers des vins plus frais, plus jeunes, plus légers.» Pierre Guigui, expert et journaliste spécialisé, directeur d’un concours international de vins bio et cofondateur de l’ARVB, abonde : «La Bretagne a toujours fait du vin. Un vin de consommation locale, familiale et même à certaines époques à plus grande échelle. Cela avec un climat frais et des vins légers. Quand nous avons créé l’ARVB, nous voulions retrouver des gestes et renouer avec cette histoire viticole. Peu importe le climat, le vin breton exprime d’abord un sol et une pratique. Il véhicule des traditions à retrouver. La question du climat et de son "réchauffement" - il vaudrait mieux d’ailleurs parler localement de dérèglement -, est secondaire. En premier lieu parce qu’il est possible de faire des vins avec le climat existant, en retrouvant des cépages adéquats.» Il faut préciser qu’il est question ici, quasi exclusivement, de vins blancs, qui supposent des fruits à la maturité moins poussée que pour leurs homologues rubis et nécessitent moins d’heures d’ensoleillement.

Matinée avec Hubert Loison au Coteau du Braven. Entretiens des vignes.Au Côteau du Braden, une vingtaine de retraités s’occupe d’une vigne associative plantée pour moitié de chardonnay et moitié de pinot gris. Photo Valentin Figuier

Notes de pamplemousse

Depuis 2009 et ses premières vendanges, une vigne associative coincée entre un quartier pavillonnaire et des échangeurs routiers, sur les hauteurs de Quimper, le Coteau du Braden fait, en la matière, à la fois référence et figure de pionnière pour les jeunes générations. Dorlotée par une vingtaine de retraités aux petits soins, dont le plus jeune affiche 69 printemps, cette parcelle de 2 500 mètres carrés, plantée pour moitié de chardonnay et moitié de pinot gris, peut se targuer en outre d’un millésime 2018 exceptionnel. Millésime que l’on commence tout juste à déguster dans le chai exigu aménagé dans le bâtiment d’une ancienne ferme et qui abrite les cuves en inox et en résine qui ont servi à sa vinification. Où l’on découvre un vin élevé sur lies subtilement gouleyant, avec de délicates notes de pamplemousse.

Cette production, née d’un sol granitique lui assurant l’acidité indispensable, ne peut cependant être commercialisée, et demeure confidentielle (1900 bouteilles). Le Coteau du Braden n’a pas bénéficié en effet des nouvelles dispositions légales qui, depuis 2016, à la suite d’une directive européenne, autorisent la France à délivrer de nouveaux permis de plantations pour une exploitation commerciale sur l’ensemble de l’hexagone. Avec, à la clé, l’émergence d’une bonne douzaine d’aspirants vignerons professionnels en Bretagne.

Pour Sylvie Guerrero, une des toutes premières à s’être lancée dans l’aventure, en plantant 5 000 m2 de treixadura, un cépage galicien réputé résistant, à Treffiagat, dans le pays bigouden, l’évolution climatique aura été un facteur déterminant. Des épisodes de deux à cinq jours à plus de 30 degrés dans le pays bigouden étaient très rares auparavant, raconte cette jeune quinquagénaire depuis toujours passionnée d’œnologie et qui espère produire à terme un vin se mariant au mieux avec la chair des huîtres bretonnes. «Cette perception de la météo a tout déclenché», dit-elle. Un ressenti confirmé par Météo France, dont les statistiques indiquent deux fois plus de journées en moyenne pointant à plus de 25 degrés l’été (entre 40 et 45 jours) qu’il y a vingt ans sur la péninsule armoricaine.

A Groix, au large de Lorient, Mathieu Le Saux, 32 ans, ne s’embarrasse pas de telles considérations. Et, tandis qu’il nous embarque dans sa fourgonnette à la sortie du bateau pour rejoindre l’autre versant de l’île, du côté de Locmaria, où il vient de planter un hectare de chenin faisant face, plein sud, à l’océan, son esprit est encore sur le continent où il vient de faire la connaissance d’un cheval de trait destiné à entretenir son vignoble.

«Nous voulons prendre le temps de faire un travail de qualité, dans une démarche globale qui respecte au mieux l’environnement, explique- t-il.Dans la même optique, nous avons acheté sur le Bon Coin un vieux pressoir qui ne nous posera pas de problème d’électronique comme peuvent le faire les pressoirs actuels.» Avant de jeter l’ancre à Groix où il a racheté une ancienne ferme, ce Lorientais, dont les grands-parents étaient mareyeurs, aura roulé sa bosse dans les vignobles les plus divers. Dès la sortie de l’adolescence, il s’en va en Bourgogne goûter aux joies des vendanges avant de découvrir les secrets de la vinification au domaine de William Fèvre à Chablis. Suivront un BTS de viticulture et d’œnologie à Montpellier, un poste de chef d’exploitation de vignes en biodynamie au domaine des Faverges en Suisse, un détour par l’Italie et enfin deux années en indépendant à greffer des vignes, du Beaujolais à l’Anjou, en passant par l’Alsace et le Languedoc. «Pour moi, la notion de terroir est absolument fabuleuse et notre ambition est de faire parler celui de l’île de Groix», confie-t-il, aux côtés de sa compagne Noémie qui mûrit pour sa part un projet de maraîchage, l’exploitation couvrant une demi-douzaine d’hectares, dont la moitié devrait être, à terme, consacrée au vignoble. Avec une terre peu profonde et un sol schisteux aux reflets d’or (quand ils ne sont pas bordeaux), «l’île aux Grenats», qui ne connaît pas le gel, pourrait bien être un havre idéal pour une telle entreprise.

Le grand saut vers le rouge

Sur l’autre versant de la péninsule bretonne, à Saint-Jouan-des-Guérets, près de Saint-Malo, Edouard Cazals, 29 ans, entend lui aussi «faire parler» les alchimies naturelles, sur des sols balayés d’embruns salés, en l’occurrence ceux du val de Rance, qui s’étalent en pente douce au bord de l’eau. Mais dans une démarche cette fois délibérément méthodique et scientifique. Analyse des sols, expertise climatique menée par des spécialistes de l’université de Rennes-II, ce Normand ayant fait ses classes dans les domaines de Saint-Emilion n’a rien laissé au hasard. Avec un constat final des plus encourageants : ses deux hectares seraient particulièrement propices à la viticulture. Pas tout à fait une surprise si l’on se réfère à l’inscription de la parcelle au cadastre sous le nom des Longues Vignes, laissant supposer une pratique ancestrale.

Plantée en mai de cépages précoces - grolleau, pinot noir et chardonnay -, Edouard Cazals espère en tirer, dans un premier temps, un vin bio effervescent «haut de gamme», sans s’interdire à plus ou moins long terme le grand saut vers un vin rouge. En revanche, hormis les notes iodées que l’on peut subodorer d’un breuvage produit à quelques encablures de la mer, il se garde bien de toute extrapolation sur une future gamme aromatique.

Pour financer son projet, sa campagne de crowdfunding aura en tout cas bénéficié d’un engouement inattendu en récoltant 26 000 euros là où il en espérait 14 000, preuve d’un intérêt grandissant des Bretons pour ces nouvelles expériences. Reste que pour goûter aux futurs vins made in Breizh il faudra encore s’armer de patience, avec de premières vendanges prévues d’ici deux à quatre ans.

Pierre-Henri Allain Envoyé spécial en Bretagne

 

......................................Champagne : la pétillante sélection  pour célébrer 2019

 Six champagnes sans fards pour accompagner vos repas de fêtes.

Par Rachelle Lemoine

Brut nature, zéro dosage, extra brut... Les champagnes sans fards ont le vent en poupe. Et se dégustent de l'apéritif au dessert le temps des fêtes. "L'Obs" vous en propose six. Alors faites vos choix et bonnes fêtes à tous ! 

Brut nature 6 cépages

Clos du Château de Bligny

Composée de six cépages entrant à parts égales (chardonnay, pinot noir, meunier, petit meslier, arbane et pinot blanc) et vinifiés ensemble, cette cuvée fait montre d'un grand équilibre. Après un nez fleuri, la bouche dévoile une matière profonde et complexe, d'une belle vivacité, aux saveurs gourmandes de pêche et d'abricot. Pour accompagner des cailles aux pêches rôties.

55 € chez Nicolas

Dosage zéro

Champagne Bruno Paillard

Pour cette nouvelle cuvée sans dosage mise sur le marché, la maison Paillard a pris son temps. Composée à 50% de vins de réserve, dont certains ont été conservés plus de dix ans en bouteille sur lies, elle offre la patine du temps nécessaire à calmer la fougue, voire le tranchant de certains champagnes non dosés. Résultat ? Un nez complexe et généreux, mais sans opulence. En bouche, une grande richesse aromatique s'exprime sur une matière fine et dévoile une longue finale aux notes salines, signature de son terroir crayeux. Avec un chapon rôti aux marrons.

46 € chez les cavistes

Blanc de blancs grand cru

Sélection parcellaire Loridon Champagne Lallier

Dosé à 3 grammes, ce pur chardonnay est issu d'une seule parcelle située sur les hauteurs d'Aÿ-Champagne. D'une grande pureté, il exprime des arômes d'agrumes et d'amande fraîche au nez. La bouche est précise, longiligne avec une belle persistance minérale. A savourer avec un ceviche de bar au citron caviar.

75 € chez les cavistes

Brut nature

Champagne Charles Legend

Cette jeune maison de Champagne s'est déjà taillé une belle réputation grâce au style de ses cuvées : d'une belle maturité, elles sont peu dosées en sucre et en sulfites. Ce brut nature en est une belle illustration. Issu à 100% de pinots noirs de la Côte des Bar, il révèle un bel équilibre avec des notes fruitées et une grande vivacité en bouche. Pour un apéritif subtil.

31 € sur avenuedesvins.fr

Reliance brut nature

Champagne Franck Pascal

Dominée par le cépage meunier (80%) dans son assemblage, cette cuvée se révèle très gourmande avec ses arômes fruités de mandarine, de coing et de poire. Elle offre une magnifique fraîcheur en bouche et une matière pulpeuse évoluant vers une longue finale sapide et minérale. Parfait avec des gambas marinées aux agrumes.

39 € au domaine (chaideschampagnespourlavie.com)

Extra brut

Champagne Prestige des Sacres

De délicates notes pâtissières (biscuit, pâte d'amande) et florales s'épanouissent au nez. Au palais, la texture révèle une belle complexité aromatique, tout en restant fluide et aérienne. Sa finale est précise et minérale. Somptueux avec des huîtres.

26 € sur lesnouveauxcavistes.com

 Rachelle Lemoine 

Une histoire de gastronomie

Plus jeune maison de champagne, Charles Legend n'en a pas moins déjà conquis de grandes tables françaises. Pour Valentine Clerc, l'une des trois jeunes associés de cette aventure, ce résultat s'explique avant tout dans l'exigence et l'audace apportées à l'élaboration des cuvées : "Depuis sa création et dans une démarche novatrice respectueuse du consommateur, notre maison s'attache à proposer un champagne d'excellence, faible en acidité et en sucre, à la finesse de bulles incomparable. Une attention toute particulière est également portée aux sulfites afin d'en réduire au maximum le taux dans chacune de nos cinq cuvées." Ainsi, Yannick Alléno (Pavillon Ledoyen) ou Guy Savoy (La Monnaie de Paris) à Paris, mais également Christopher Coutanceau (Maison Coutanceau) à La Rochelle, proposent une ou plusieurs cuvées sur leur carte. Guy Savoy a sélectionné le brut rosé, aux notes de cerise, rose et fruits rouges écrasés, pour une superbe association avec son saumon figé sur glace. 

Rachelle Lemoine

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